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Texte lu par Patrice Clergeau en Hommage à Guy

Bonjour,
Je voudrais vous remercier d’être venus si nombreux pour célébrer le souvenir de Guy Gardera. Nous l’avons connu depuis plus ou moins longtemps, nous le fréquentions plus ou moins régulièrement, dans le cadre de ses activités sportives, associatives, ou professionnelles. Pourtant, si nous sommes ici aujourd’hui, c’est parce que nous avons en commun ce sentiment d’avoir rencontré une personnalité hors normes, qui n’aura laissé personne indifférent.

Certains d’entre vous auront reçu son enseignement, d’autres son amitié, d’autres encore son pied au cul, parce qu’ils avaient besoin d’être « recadrés » comme il disait. D’autres enfin auront reçu les trois à la fois, l’amitié, l’enseignement, et le coup de pied au cul. Et ceux là n’étaient pas ceux qu’il aimait le moins, loin de là.

Car Guy était quelqu’un de très exigeant, que ce soit sur un tatami, dans son parc animalier, ou en amitié. Jointe à un caractère entier, cette exigence l’aura sans doute amené à rompre, parfois brutalement ou sans raison apparente, des relations établies depuis plusieurs années. Je ne pense pas qu’il faisait cela de gaieté de cœur, je pense même qu’il en a souvent souffert beaucoup plus qu’il n’aura voulu le dire.

Mais Guy était comme ça. Il avait les orteils sensibles, il ne faisait pas bon lui marcher sur les pieds. Les quelques « accrochages » qui ont émaillé sa vie contribuent aujourd’hui à sa légende. Certains senseï payent en belles paroles, Guy payait en claques, et comptant.

C’était quelqu’un d’authentique. D’autres diront que c’était un original, surtout ceux qui auront été accueilli au dojo par ce petit bonhomme, tout en muscle, mais souvent seulement vêtu entre deux cours d’un slip et d’un soupçon d’eau de cologne. « Bonjour madame, est-ce que je peux vous renseigner ? » C’est sûr, il fallait aller de suite au-delà des apparences, sinon il y avait blocage !

Il fallait lever un peu le regard, et croiser ses yeux. Des yeux tellement bienveillants, lumineux et pétillants. Et là vous compreniez que ces offres, ces questions que l’on fait tous les jours sans y faire attention, « ça va ? Et les enfants ? », Guy en pesait chaque mot. Il ne vous disait pas « bonjour ». Il vous souhaitait une bonne journée, une journée pleine de travail, enrichissante et instructive.

Alors un original, un gars bizarre, oui, peut-être. Car c’est comme cela que l’on appelle aujourd’hui quelqu’un qui a des principes, et qui s’y tient : un original, un bonhomme un peu fou… Mais Guy, qui était un roc, au physique comme au moral, était sans doute une des personnes les plus attentives et ouvertes que l’on puisse rencontrer. C’était peut-être parce qu’il n’a pas eu la chance d’avoir ses propres enfants, mais les enfants des autres ne venait jamais lui parler en vain. Pour tout dire, il avait le même souci des hommes que des animaux, même si ces derniers lui ont peut-être mieux rendu son affection. Parce que, comme lui, ils étaient sincères. Mais maintenant qu’il va falloir faire sans Guy, on va peut-être comprendre que, bien sûr, des gens comme lui sont encombrants, gênants, ce sont des empêcheurs de penser en rond. Mais ils sont le sel de la terre. Ils donnent tout son prix à la vie.

Je voudrais terminer par un souvenir personnel. Un jour, au dojo, au cours d’une de ces conversations d’après entraînement, qui duraient souvent jusque tard dans la nuit. Il m’avait dit : « tu sais, on n’a pas de temps à perdre avec les conneries, les blocages, les emmerdeurs… Il faut abandonner toute peur, et avancer. » Bien sûr, donner ce genre de conseil c’est facile, alors que le suivre, ça prend toute une vie. Mais que ce conseil soit venu de Guy, j’y trouve la force de croire que, lorsqu’il a eu son accident, même si celui-ci est arrivé un siècle trop tôt, Guy, lui, était prêt. Et qu’il n’avait pas peur.

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